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Exposition à la galerie Jacques Levy

2009


Le travail d’Olivier Marty se situe au point de basculement entre la figuration et l’abstraction. Le processus est marqué par une « dépense d’énergie », qui sous-tend la composition et l’exécution de chaque oeuvre. En effet, dans sa peinture, la tentative de « mettre en forme » le tableau se laisse dépasser par des gestes picturaux mobiles et parfois sauvages, des manières violentes d’utiliser les pinceaux, d’arranger couleurs et matières, de laisser se créer une (non-) composition. Il s’agit d’une création artistique qui tente le non-fini et le non-maîtrisé, et d’un processus qui est aussi risqué qu’il est exigeant. Tandis que des figures humaines, des arbres, des rochers ou des bâtiments se laissent percevoir et interpréter, une interaction continue entre les couleurs, les touches, les couches et les médiums met chaque oeuvre en tension, en suspens, en expansion, en diffusion ou en repos, même en évaporation.

La série d’« Indécis » (2006-2009) témoigne de cette énergie et de ce dynamisme. Ces tableaux sont souvent dominés par une masse de couleur intense produite par des étalements successifs de fines couches très liquides mais très chargées en pigments, par des coulures ou des projections. Des expansions colorées assez simples, nuancées par de larges bandes faites au spalter ou avec le chiffon au travers de la toile, charpentées par des tracés intérieurs plus ou moins visibles, et toujours arrimées sur les bords latéraux du tableau par quelques axes horizontaux. Une dialectique entre l’opacité et la transparence s’y effectue. Des surfaces colorées se superposent, parfois se contredisent ; tandis que certaines s’écoulant librement vers le bas de la toile font ressentir une « gravité », un sol dans lequel s’ancre la figure, des traits ou d’autres nappes de couleurs viennent contrebalancer, sceller ou tenir le courant d’énergie. Au fond, aucune partie des tableaux n’est transparente : même dans les parties blanches, tous les peints utilisés sont dotés d’une telle densité et d’une telle matité qu’ils se construisent comme un champ de peinture pure où s’agitent ces éléments picturaux, compositionnels et gestuels. Par ces tensions et ces dialectiques, ces peintures représentent des champs à la fois clos, intenses, et ouverts, étendus.

« L’herbier » (2008), une grande série de dessins (crayons, pastels et huiles), accentue d’une manière plus légère que dans les « Indécis » la liberté et la suggestivité des traits, des contournements et des remplissages colorés habituellement déployés par l’artiste. Que ce soit avec des contours et des graphismes très fins et délicats, ou bien avec des couleurs vives et parfois imposantes, ces petits dessins (24 x 32cm) montrent bien, à la fois, le goût de la précision et le sens de l’improvisation de l’artiste. De même, une mobilité et un rythme y résident. En effet, toute l’œuvre de l’artiste est dotée de cette sorte de mouvement, non seulement chromatique et visuel, mais aussi dansé et musical. Ceci est confirmé par les différentes collaborations de l’artiste avec des danseurs et des musiciens.

Avec sa pratique initiale d’architecte-paysagiste, Olivier Marty a acquis une acuité d’observation, qui l’aide aujourd'hui à capturer les figurations les plus infimes ou cachées dans les paysages qu'il parcourt. Il repère les compositions et les articulations qui y résident, mais qui n’ont pas été perçues jusqu’alors. Et pour réinventer à chaque fois les conditions de ces captures, il a mis en place un protocole de promenades, de marches et d'arpentages, avec des règles du jeu sous-tendues par ses recherches picturales.

Cette démarche d'observation et d'implication physique dans le paysage l'a par ailleurs conduit à réaliser plusieurs films : « Une démolition » (2003, 9mn), «
Sol-ciel » (2007,15mn), « Kaleïdoscope » (2008, 29mn). Ces vidéos, qui ont été commandées par un centre d’art municipal et par un organisme d’urbanisme, prennent comme sujet des paysages urbains ou périurbains, des espaces en transformation. Si certaines séquences conservent à dessein une dimension documentaire, d'autres parties déplacent vigoureusement la représentation dans le sens d'une vision mouvante et transformée, sensuelle et imaginaire. Sans doute ce déplacement est-il parent du point de basculement entre abstraction et figuration, à l'oeuvre dans sa peinture?

 

Une œuvre en tension

Sylvie Lin, mars 2009